Exploitation minière et pollution environnementale : L’or en vaut-il la chandelle ?

Exploitation minière et pollution environnementale : L’or en vaut-il la chandelle ?

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Le Burkina Faso est en pleine expansion en termes d’exploitation minière. En témoigne le récent classement des pays producteurs d’or qui le place dans le top 3 des pays ouest-africains. Avec une recette de plus de 226 000 000 000 F en 2017, l’exploitation aurifère demeure une source de revenus incontournable pour le pays des Hommes intègres. En plein essor, elle ne semble pas vouloir s’arrêter en si bon chemin. Toute chose qui, à vue d’œil, semble bénéfique pour notre pays. Mais est-ce vraiment le cas, quand on sait que les conséquences sur l’environnement ou l’Homme sont désastreuses ? L’or en vaut-il la chandelle ?

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Les recettes de l’exploitation de l’or et les emplois générés sont importants

 Le secteur minier burkinabè est en plein essor. Les profits en découlant sont indéniables, autant sur le plan économique que développemental. En effet, l’année écoulée a donné des recettes minières totales de 226 026 794 246 F CFA, avec une contribution de 11,4% au Produit intérieur brut (PIB). En plus de tous ces acquis, les sociétés minières, dans le cadre de la responsabilité sociale, participent au développement de la localité qui les accueille. Ainsi, lesdites localités se voient dotées de CSPS, de forages, d’écoles, de moulins… Parfois, les jeunes bénéficient de formations dans certains métiers. Toutes ces actions, les populations en sont satisfaites, d’autant que leurs jeunes ont généralement la chance d’être embauchés. En tout, le secteur des mines crée 9 651 emplois dont la grande majorité est occupée par des nationaux. Ce ne sont donc pas les Burkinabè, encore moins les populations hôtes qui nieront la nécessité de l’exploitation minière.

Le revers de la médaille

Vous l’aurez compris, l’exploitation de l’or est clairement un business très rentable pour le Burkina, du moins, financièrement. Sa contribution au développement économique et sociétal du pays n’est plus à démontrer. Mais comme on le dit, tout a un prix.

Dans son mémoire (online), Issaka Ouédraogo explique que « l’exploitation minière est une activité qui engendre d’énormes problèmes environnementaux et socio-économiques ». Au titre de ces problèmes, il cite « (…) les risques de pollution de l’air, des sols, des eaux de surfaces et souterraines ; la perte des superficies agricoles ; le déplacement et le recasement des populations affectées ainsi que la perte de certaines valeurs culturelles ». En outre, « l’utilisation de produits chimiques hautement toxiques comme le cyanure ou le mercure peut être source de problème de santé publique (…) », ajoute Issaka Ouédraogo dans son mémoire (online).

L’exploitation minière n’est compatible ni avec l’élevage ni avec l’agriculture

Un avenir en otage

La mine de Kalsaka est un exemple palpable du désastre environnemental causé par l’exploitation minière. Un lieu auparavant rempli d’arbres et d’arbustes mais aujourd’hui désert ; des trous béants profonds de 80 à 120 m, parfois pleins d’eau verdâtre ou grisâtre ; des collines de graviers… ; c’est le spectacle que notre confrère Sidwaya nous a donné de voir sur la mine de Kalsaka 5 ans après sa fermeture. Les riverains eux-mêmes sortent du silence. Leurs mots sont empreints de regrets et de désillusion. Alors qu’ils ont vendu leurs terres à des sommes dérisoires (ndlr : environ 200 000 F par hectare), les voilà aujourd’hui dans l’incapacité de bien vivre à base d’agriculture et d’élevage. Les animaux mourant soit empoisonnés par les eaux polluées, soit tombés dans les trous. Les terres saines pour la culture et le pâturage sont devenues insuffisantes aussi après l’exploitation minière. Même l’eau que les paysans boivent serait polluée au point que les visiteurs sur la mine en son temps n’en buvaient pas et ne s’en baignaient pas. Pire, certains paysans estiment avoir vendu l’avenir de leurs enfants. « En tant que cultivateurs, nous avons commis une grave erreur », regrettent-ils.

L’exploitation aurifère, un mal nécessaire ?

Ce couteau à double tranchant qu’est l’exploitation minière est une question délicate. Il est clair que le bien-être des populations hôtes n’est pas le premier souci des sociétés minières qui sont généralement des sociétés étrangères. Quid du gouvernement, dont les victimes sont les compatriotes ? En effet, le gouvernement n’ignore pas les conséquences de l’installation de telles sociétés sur la vie des populations. Est-ce la meilleure décision à prendre, surtout quand on sait que l’agriculture et l’élevage ont longtemps été la principale activité au Burkina ? Même si elles participent au développement des localités hôtes, il faut se rappeler que les sociétés minières ne s’y impliqueront plus une fois qu’elles auront fermé. Que deviennent les nationaux recrutés au sein de ces sociétés après leur fermeture ? Ne serait-il pas mieux de penser des investissements astucieux dans des secteurs tels l’élevage et l’agriculture, afin d’améliorer leur rentabilité et en générer plus d’emplois qui dureront sur le long terme ? Il y a des pistes à explorer certes, mais quand on connaît les recettes générées par les mines, on est tenté de se demander si l’on peut s’en passer ? Finalement, est-ce un mal nécessaire qu’il faut accueillir et subir ? Si c’est le cas, il faudrait prendre des mesures pour que les premières victimes, à savoir les populations hôtes, analphabètes pour la plupart, puissent en tirer un meilleur profit et en connaissance de cause.

Yves Zongo

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