Dipgoldinvestment : La plateforme qui a englouti l’argent d’investisseurs burkinabè

Dipgoldinvestment : La plateforme qui a englouti l’argent d’investisseurs burkinabè

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Ils étaient nombreux, ceux qui pensaient devenir riches en 2020. Du moins, ils espéraient avoir une source de revenus pour améliorer leurs conditions de vie. Comme par magie, la société « Dipgoldinvestment » est apparue. Elle proposait des investissements à partir de 10 000 F CFA plafonnés à un million. Au bout de dix jours, l’investisseur se retrouve avec 100% de bénéfices. Ainsi, des groupes sont créés, de 1 à 5. Seulement, depuis un moment, la plateforme est grippée. Ils sont nombreux ces investisseurs qui cherchent en vain, leur mise de départ.

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Dernier rempart contre la misère

Dipgold (www.dipgoldinvestment.com) est une plateforme commerciale et financière. Selon ses concepteurs, elle a pour vocation de permettre à des millions de Burkinabè de rester au-dessus des eaux financièrement. Elle vise donc à fournir une aide financière aux participants pour générer des capitaux pour leurs entreprises, les besoins éducatifs, l’aide aux familles, l’aide à la santé, les moyens de subsistance, le parrainage commercial, etc. Evidemment, toute aide est la bienvenue, surtout en ces temps de vaches maigres.

Cette société au départ était donc vue comme le dernier rempart contre la misère, la pauvreté. Certains Burkinabè se voyaient déjà millionnaires en 2020. Pour cause, le système est alléchant. C’est Bentogoma qui nous l’explique : « Au départ, il était dit qu’en investissant 10 000 F par exemple, au bout de 10 jours, on reçoit 20 000 F, soit le double. Nous étions en novembre. Je me suis inscrit sur le site. Un jour après, on m’a jumelé avec une personne et je lui ai payé son argent. Dix jours plus tard, on m’a jumelé avec quelqu’un d’autre qui m’a payé avec mes intérêts. J’ai investi et cela a marché. ».

Quelques jours après, le système est grippé

Cet essai, ils sont nombreux à l’avoir fait. Pour mieux comprendre le système, en début décembre, nous décidons de faire un investissement test. Au bout effectivement de l’échéance, le business marche bien. Sauf qu’en réalité, nous étions déjà au début de la création du dipgold 3. Ce qui veut dire qu’il y avait déjà le 1 et le 2. Tous les deux étaient déjà bloqués. Ceux qui avaient investi donc en dernière position ont perdu leur mise. La série ne s’arrête pas là. Le 4 et le 5 suivront. Quelques jours aussi après, le système est totalement grippé.

« C’est de l’escroquerie simplement »

Tout comme nous, ils sont des milliers de Burkinabè à voir leur argent englouti par le système. Les pertes se chiffrent à des millions. « Les investissements allaient de 10 000 à 1000 000 F CFA », explique un investisseur. Il poursuit : « Chaque système contient au moins 10 000 investisseurs. Le 5 a battu le record avec 14 000 membres. » En réalité, explique un fin connaisseur qui a souhaité gardé l’anonymat, « c’est de l’escroquerie simplement. Ce système n’est pas nouveau. C’est ce qu’on avait appelé le le ponzi ».

Il est convaincu que c’est un montage financier frauduleux. Pour lui, les investisseurs sont rémunérés par les fonds procurés par les nouveaux entrants. Si cela ne suffit pas, le système s’écroule. Ce système tient son nom de Charles Ponzi. Il est devenu millionnaire en six mois après avoir mis en place une opération fondée sur ce principe à Boston dans les années 1920.

« Je me suis fait avoir »

A ce stade, certains investisseurs sont convaincus qu’ils ont été victimes d’une escroquerie. Nous cherchons donc à joindre les responsables du système. Nos tentatives restent vaines. Nous leur enverrons un mail sans réponse jusqu’à la publication de cet article. Mais, nous réussissons à intégrer un groupe WhatsApp où l’on parle de « dipgold ». Ce serait un certains « Kwamé ».

Interpellé sûrement par les plaintes de certains, un écrit dont on ignore la provenance lui est attribué. Le nommé Kwamé indique qu’il est un programmeur informatique formé dans l’une des meilleures écoles des États-Unis. Lui, il n’a créé cette plateforme que pour aider les Burkinabè à devenir riches. « C’est faux », rétorque Sidi, un investisseur qui a perdu 280 000 F CFA. « Je me suis simplement fait avoir. Il nous a doublés. En réalité, je suis sûr que lors des jumelages, il investit lui-même et se fait payer en première position, » vocifère-t-il.

« C’est un jeu. On a joué, on a perdu. La vie continue »

Les investisseurs se demandent comment ils pourront rentrer en possession de leur argent. « Je veux juste retirer ma mise. Je veux juste mes 50 000 F », soupire Nopoko, étudiante en médecine. Moussa, étudiant en 3e année de Philosophie, lui, temporise : « C’est un jeu. On a joué, on a perdu. La vie continue ». Yves, étudiant en fin de cycle en Droit, enfonce le clou : « Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ».

Néanmoins, il faut relativiser cette affaire. Ils sont nombreux ceux aussi qui ont gagné de l’argent avec le système. Noël par exemple a confié avoir obtenu 3 millions de FCFA. Ce qui lui a permis de réaliser des projets. Mais avant tout, cette affaire de dipgold mérite une attention des autorités. Le système peut être un moyen aussi de blanchiment d’argent. Le comble, une autre plateforme reposant sur le même système a été créée. Il s’agit de Progressmoni. Là-bas, la mise de base est de 200 000 F CFA.

En attendant, ils sont nombreux ces étudiants, militaires, fonctionnaires, journalistes, comédiens qui sont riches mais virtuellement…

NB : Les noms utilisés dans cet article sont des inventions pour protéger l’identité des uns et des autres. Toute ressemblance n’est que pure coïncidence.


Source: Lefaso.net

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