Comment le Covid-19 pourrait ralentir la transition énergétique

Comment le Covid-19 pourrait ralentir la transition énergétique

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Le confinement a bouleversé la consommation d'énergie des Français. La baisse du prix des énergies fossiles risque de ralentir la lente transition vers des énergies plus propres, redoute Albert Codinach. C'est pourquoi il plaide pour une mécanique fiscale permettant de taxer le CO2 émis le pétrole, gaz et charbon à sa «juste valeur».

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La crise sanitaire exceptionnelle que nous vivons a des impacts importants sur le marché de l’électricité en France. Nous devons composer chaque jour avec cette situation inédite et imprévisible. Pour simplifier, avec le confinement, la France passe d’une consommation majoritairement professionnelle la journée et résidentielle le soir et en fin de semaine, à une consommation professionnelle très fortement diminuée et une consommation résidentielle tout au long de la journée.

Ces nouveaux comportements entraînent une baisse de la consommation moyenne, mais également une forte modification de la courbe de consommation de l’électricité – et ce point est très important étant donné que l’électricité ne se stocke pas toujours. On se rapproche d’un schéma de courbe de consommation «week-end» toute la semaine. Il est alors difficile d’anticiper cette consommation car il n’y a pas vraiment de précédent. A court terme, les fournisseurs doivent faire face à l’augmentation des coûts d’équilibrage : l’énergie qui n’est pas consommée par les clients (professionnels ou résidentiels) doit être vendue sur les marchés à un prix inférieur à celui attendu.

Penser à l’après

En dépit de cette situation inédite, nous devons également penser à l’après. Les prévisions devront être révisées à la levée du confinement sur un modèle tout aussi inédit. Une reprise se ressentira, néanmoins cela peut se faire sur une période étalée, et donc la remontée progressive de la consommation d’électricité liée à l’industrie pendant cette période sera probablement complexe à évaluer. A moyen et long terme, se pose l’impact économique plus global : comment et quand l’économie repartira. Les fournisseurs sont priés de participer à l’effort solidaire et collectif. Pour cela, nous devons accompagner les professionnels dont l’activité est durement touchée en adaptant leur facturation à leurs contraintes.

Le contexte risque également de bousculer le marché sur les mois à venir. En raison du confinement, les maintenances des centrales de production renouvelable prévues dans cette période, se voient décalées d’autant, ce qui risque de limiter la production sur la période automne/hiver. Couplé à un hiver froid, nous pourrions voir les prix tirer vers le haut lors des pics de consommation.

Néanmoins, l’hiver que nous venons de passer a été particulièrement chaud et humide. De ce fait, les réserves d’eau dans les barrages par exemple sont historiquement pleines. Associé à la faible consommation d’électricité actuelle, cela permet d’assurer un matelas de production disponible à un coût relativement faible qui devrait permettre de garder les prix à des niveaux raisonnables.

Défendre la transition énergétique

La baisse du coût des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) en raison de la baisse de la demande peut avoir un impact négatif sur la transition énergétique. Cette baisse des coûts pourrait amener à un usage plus fort de ces énergies fossiles dans notre quotidien, parce que l’arbitrage financier serait favorable à l’usage de ces énergies fossiles. Un exemple ? Avec une baisse du prix du baril de pétrole, le développement de la voiture électrique pourrait reculer face à la voiture thermique.

Afin de garder un coût de l’énergie fossile suffisant et permettre une concurrence ouverte entre les différentes sources d’énergie, il est important de mettre en place des mécaniques fiscales qui permettront de taxer le CO2 émis par les énergies fossiles à sa juste valeur. Avec la baisse de la demande mondiale, et donc des émissions de CO2, si nous faisons un effort collectif pour continuer à accompagner la transition énergétique, nous pouvons avoir un réel impact dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Dans ce sens, nous devons envisager une gestion de l’énergie renouvelable plus locale. Le Covid-19 a montré les limites d’une mondialisation exacerbée : un grain de sable (ou plutôt un virus microscopique) et la machine s’enraye… Produire local, c’est l’ADN des énergies renouvelables.

Le modèle énergétique défendu par les acteurs du marché de l’énergie renouvelable (basé sur une énergie 100% renouvelable gérée en temps réel, décentralisée et intégrant l’ensemble des acteurs – producteurs, collectivités, clients), en le généralisant, permettrait donc de limiter notre dépendance aux énergies fossiles et d’agir concrètement en faveur de la transition écologique.

C’est un vrai combat à mener en termes politiques – les pouvoirs publics doivent jouer leur rôle et accompagner durablement cette transition – et d’investissement. Une étude spéciale Covid-19, réalisée par YouGov et tout juste publiée, montre ainsi que 77% de la population considère que cette crise sanitaire est l’occasion de mener une politique ambitieuse de transition écologique. Espérons que cette crise soit une réelle opportunité pour la transition énergétique, et un vrai point d’inflexion pour la cause écologique.

Soure: lesechos.fr

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