Campagne cotonnière 2017-2018 : Des producteurs dénoncent la mauvaise qualité des engrais

Campagne cotonnière 2017-2018 : Des producteurs dénoncent la mauvaise qualité des engrais

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Venus de quinze provinces du pays, des producteurs de coton, militants de l’Organisation démocratique de la jeunesse du Burkina Faso (ODJ), ont animé, ce mardi 30 janvier à Ouagadougou, une conférence de presse pour dénoncer la « mauvaise » qualité des intrants qui, selon eux, a fortement contribué à la baisse des rendements au cours de la campagne 2017-2018. Dans l’attente d’une contre-expertise « indépendante » de l’analyse de l’engrais en question, les conférenciers ont appelé les paysans à ne pas payer les crédits-intrants de la campagne en cours.

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C’est un secret de polichinelle. Le ciel n’a pas ouvert assez ses vannes pour les producteurs burkinabè en cette campagne agricole 2017-2018. Résultat : 17 provinces sur les 45 que compte le pays sont dans une situation de déficit céréalier avec trois millions de Burkinabè dans une situation de stress ou d’urgence alimentaire. Quid du coton, deuxième produit d’exportation derrière l’or ? Les rendements sont en baisse et cela n’est pas du seul fait de la pluviométrie. Pour certains producteurs, la qualité des intrants y est pour quelque chose. Regroupés au sein des sections ODJ de 15 provinces du grand Ouest (La Léraba, la Comoé, le Kénédougou, le Tuy, le Houet, le Poni, le loba, la Bougouriba, le Noumbiel, les Balé, les Banwa, le Nayala, le Sourou, le Mouhoun, et la Kossi), ces producteurs ont rencontré la presse, ce mardi matin, à Ouagadougou.

Des pertes

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Un échantillon de l’engrais en cause présenté aux journalistes

Selon le principal conférencier du jour, Adama Camara, secrétaire général adjoint de la section Tuy de l’ODJ, les engrais fournis par l’entreprise AGRO PRO contiennent des petits cailloux qui restent dans le sol au bout de trois semaines. A l’en croire, les paysans des provinces du Tuy et des Balé ont enregistré les plus grosses pertes en rendement du fait de cet engrais. A titre illustratif, le conférencier a relaté l’histoire de M. Laurent Domboué, ex-président de l’Union départementale des producteurs de coton de la Commune de Bekuy (Province du Tuy). Ce dernier qui espérait récolter 20 tonnes de coton sur les 15 hectares cultivés n’aurait récolté que 6 tonnes. « Il a contracté un crédit intrant de 2 000 000 francs CFA. Il est dans un GPC (Groupement de producteur de coton, ndlr) de 26 membres qui a l’habitude de produire 140 tonnes de coton chaque année. Mais cette année, le GPC n’a produit que 45 tonnes. Dans leur groupement, seuls quatre paysans ne sont pas en situation d’impayé. Ils ont eu peu près 25 000 francs de bénéfices. L’ensemble du GPC a enregistré des impayés qui s’élèvent à 2 millions de francs CFA. Ce qui veut dire que les quatre paysans n’auront rien », a relaté M. Camara.

« On doit supporter les pertes ensemble »

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Adama Camara, secrétaire général adjoint de la section TUY de l’ODJ

A en croire les conférenciers, c’est la première fois, dans les provinces des Balé et du Tuy, que les paysans dénoncent la « mauvaise » qualité des intrants. Ils estiment que les producteurs ne devaient pas supporter seuls, les conséquences « catastrophiques » de la campagne qui n’est pas uniquement due à la pluviométrie mais aussi aux intrants. « Comme on partage les bénéfices ensemble, on doit supporter les pertes ensemble », a martelé Adama Camara. Et de se faire le porte-voix des paysans pour exiger l’annulation des dettes des intrants « pour cause de force majeure ». Les conférenciers ont également exigé le dédommagement des cotonculteurs et la sanction des acteurs impliqués dans cette affaire.

Pour une contre-expertise de l’analyse

Toujours sur la qualité du coton, les producteurs affirment avoir entrepris des démarches auprès des responsables de l’Union provinciale des producteurs de coton du Tuy pour comprendre la situation. Trois documents leur auraient été remis dont un rapport d’analyse d’échantillons d’engrais de l’entreprise AGRO PRO. Les producteurs disent avoir demandé une contre-expertise « indépendante et inclusive » de l’analyse qui aurait été menée sans les agents de la SOFITEX et de l’UNPCB. Et tant que cette contre-expertise n’aura pas lieu, les sections ODJ recommandent aux producteurs de ne pas payer les crédits des intrants de la campagne 2017-2018. En attendant, elles ont annoncé qu’elles demanderaient un appui du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) et des audiences auprès de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de la lutte contre la corruption (ASCE-LC) afin de lui formuler des requêtes pour une enquête.

« Nous ne sommes pas contre l’UNPCB »

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Un champ de coton en floraison (crédit ph. SOFITEX)

« L’UNPCB était apolitique mais de nos jours, elle est politique. Elle n’est là que pour défendre la filière et non les intérêts des paysans. Au cours de plusieurs échanges, ils (les responsables de l’UNPCB, ndlr) nous ont fait savoir qu’ils ne pouvaient pas mettre la pression sur la SOFITEX. Nous ne sommes pas contre cette Union, car la lutte que nous menons, c’est pour leur bien et le nôtre », a clarifié Adama Carama. Toutefois, les conférenciers ont exigé la diligence dans le traitement judiciaire des rapports de l’ASCE-LC sur l’UNPCB et qui fait état de détournements de plusieurs milliards de francs CFA.

En rappel, des producteurs avec à leur tête Casimir Gnoumou, ont réclamé, en mi-janvier, le retour du Coton BT (coton OGM), introduit en 2008 par le géant américain MONSANTO et abandonné en 2015 du fait de la longueur de sa fibre jugée courte. Qu’en pensent les producteurs militants de l’ODJ ? « Pour le moment, nous n’avons pas une position sur la question », a tiré d’un trait Adama Camara.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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